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Phobie et sociologie

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- Pierre Dassigny -

 

La phobie sociale, une maladie de la modernité ?

Si la phobie est un phénomène universel, son expression est fortement modulée par l'environnement culturel et social. Un bon exemple de ces influences est donné par la phobie sociale. On peut en effet se demander comment un trouble aussi répandu et invalidant a pu rester à l'écart des préoccupations médicales pendant si longtemps, alors qu'il existait déjà du temps d'Hippocrate, qui en avait fait la description. La réponse tient sans doute - en partie - à des facteurs sociologiques. Notre société moderne est marquée par la fréquence des changements tout au long d'une existence, comme les changements de domicile et donc de voisins, de travail et donc de collègues, etc. Tous ces changements posent beaucoup de problèmes au phobique social, qui était plus à l'aise autrefois dans une société où l'on gardait en général les mêmes voisins et les mêmes collègues toute sa vie. De plus, notre culture procède à des jugements sociaux rapides et superficiels. Lors d'un entretien d'embauche, le candidat sera davantage jugé sur ses compétences relationnelles que sur ses compétences réelles. Or un phobique social a besoin de beaucoup de temps pour se sentir à l'aise avec un interlocuteur. On observe un nombre très élevé de personnes au chômage ou occupant des emplois sous-qualifiés par rapport à leur niveau de formation chez les phobiques sociaux. Il est donc probable que si notre société ne crée pas la phobie sociale, si elle n'est pas la cause de ce type de troubles, du moins les révèle-t-elle ou les amplifie-t-elle.